Jean-Jacques Rousseau

Un jour, ou plutôt un soir, chez mon père, étant condamné pour quelque espièglerie à m’aller coucher sans souper, et passant par la cuisine avec mon triste morceau de pain, je vis et flairai le rôti tournant à la broche. On était autour du feu : il fallut en passant saluer tout le monde. Quand la ronde fut faite, lorgnant du coin de l’oeil ce rôti, qui avait si bonne mine et qui sentait si bon, je ne pus m’abstenir de lui faire aussi la révérence, et de lui dire d’un ton piteux : « Adieu, rôti ! » Cette saillie de naïveté parut si plaisante, qu’on me fit rester à souper. C’était vraiment drôle. Enfin, il fallait y être.

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